SHE #1 : Waris Dirie
SHE, c’est le portrait de femmes inspirantes qui, par leur courage, leur engagement ou leur art, ont marqué le monde – des histoires puissantes qui méritent d’être racontées.
Bonjour bonjour,
Comment ça va par ici ?
Moi, plutôt bien. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les journées s’allongent, le soleil tarde un peu plus à se coucher… et honnêtement, c’est le genre de détail qui me met en JOIE. On s’accroche, l’hiver touche (très doucement) à sa fin. 🥲
Dans la newsletter du jour, j'aimerais vous parler d'une femme dont l'histoire m'a profondément marquée : Waris Dirie. C’est à 12 ans, en regardant le film Fleur du désert, que j'ai découvert non seulement son parcours exceptionnel, mais surtout la réalité brutale de l'excision, une pratique dont j'ignorais alors l'existence.
Ce film, adapté de son autobiographie (que j’aimerais beaucoup lire), a tout simplement été une révélation. Je remercie d’ailleurs ma grande soeur, car c’est elle qui avait choisi le film du soir en ce mois de juillet 2012, et cette décision a par la suite éveillé en moi une conscience sur des sujets encore trop souvent tus.
Allez, on y va.
Waris Dirie : du désert à la tribune de l’ONU
Une fuite pour survivre
Waris Dirie est née en Somalie, dans une famille nomade. Comme des millions de jeunes filles dans son pays et ailleurs, elle a subi l’excision à l’âge de 5 ans. Mais qu’est-ce que l’excision ?
Aussi appelée mutilation génitale féminine (MGF), l’excision est une pratique qui consiste à retirer tout ou une partie des organes génitaux externes d’une fille, généralement avant l’adolescence. Elle est pratiquée sous couvert de tradition, sans justification médicale, souvent dans des conditions hygiéniques douteuses, et entraîne de très lourdes conséquences physiques et psychologiques.
Les raisons avancées pour perpétuer cette pratique varient : certaines communautés la considèrent comme un passage à l’âge adulte, un moyen de "préserver la pureté" des jeunes filles (je suis tellement en colère en écrivant ça) ou encore une condition nécessaire au mariage. Mais au-delà des justifications culturelles, l’excision est une violation des droits humains qui prive les femmes de leur intégrité corporelle et de leur liberté.
Comme je l’expliquais, les conséquences peuvent être dramatiques : infections, hémorragies, douleurs chroniques, complications lors des accouchements, traumatismes psychologiques… et pourtant, elle touche encore des millions de filles à travers le monde.
Voilà, vous savez tout.
De mannequin à militante engagée
À 13 ans, Waris est promise à un homme bien plus âgé en échange de quelques chameaux. Mais plutôt que d’accepter ce destin, elle prend la fuite à travers le désert, seule, pour échapper au mariage forcé.
Son long périple la mène à Londres, où elle travaille comme employée dans un fast-food. C’est là qu’elle est repérée par un photographe. De réfugiée, elle devient mannequin international, défilant pour les plus grandes marques. Mais plutôt que de se contenter du glamour des podiums, elle choisit de mettre en lumière une cause qui lui tient à cœur : le combat contre les mutilations génitales féminines.
Dans les années 90, alors qu’elle est au sommet de sa carrière, elle brise le silence en racontant son histoire dans une interview au journal Marie Claire. À une époque où l’excision restait un sujet tabou, méconnu du grand public et peu médiatisé, sa prise de parole crée un véritable électrochoc. Son témoignage bouleverse l’opinion et met enfin en lumière cette pratique dont beaucoup ignoraient l’ampleur. Cet engagement lui vaut d’être nommée Ambassadrice de l’ONU pour la lutte contre l’excision.
Depuis, Waris Dirie consacre sa vie à éradiquer cette pratique barbare, en sensibilisant les gouvernements et en militant activement via sa Fondation Desert Flower.
L’excision en chiffres : un combat toujours d’actualité
Si Waris Dirie a contribué à mettre en lumière ce fléau, la réalité reste alarmante :
Plus de 230 millions de filles et de femmes vivent aujourd’hui avec les séquelles de l’excision, selon un rapport de l'UNICEF publié en mars 2024.
Chaque année, 4 millions de filles risquent encore de subir cette pratique annonce l’Organisation Mondiale de la Santé.
Elle est pratiquée dans plus de 30 pays, principalement en Afrique, mais aussi en Asie et au Moyen-Orient.
Même en Europe et en Amérique du Nord, des milliers de filles en sont encore victimes à travers des mutilations pratiquées clandestinement ou lors de voyages vers leur pays d’origine.
Malgré les interdictions légales dans de nombreux pays, les traditions et pressions sociales restent ancrées. J’en avais d’ailleurs parlé sur Instagram il y a quelques mois : en 2024, la Gambie a tenté de relégaliser l’excision, alors qu’elle était interdite dans le pays depuis 2015. Oui, vous avez bien lu, RElégaliser. Heureusement, le projet de loi a été rejeté en juillet 2024, mais ça montre à quel point les femmes restent vulnérables et insuffisamment protégées.
Pourquoi cette lutte est essentielle ?
Waris Dirie nous rappelle que parler de l’excision, c’est briser l’omerta qui l’entoure. Pendant longtemps, cette pratique a été reléguée au silence, perçue comme une simple "tradition" à laquelle il ne fallait pas toucher. En en parlant ouvertement, en mettant des mots sur ce qu’elle a vécu, elle a aussi permis à des milliers de femmes de réaliser qu’elles n’étaient pas seules.
C’est refuser d’accepter que des millions de filles soient privées de leur intégrité physique et de leur liberté sous couvert de tradition. Parce qu’au-delà de la douleur et des séquelles physiques, l’excision est aussi un outil de contrôle, un moyen de conditionner les femmes dès l’enfance à accepter des violences au nom de normes patriarcales profondément ancrées.
Refuser d’en parler, c’est cautionner. Sensibiliser, informer, c’est déjà lutter.
Néanmoins, son histoire ne se résume pas à la souffrance ! C’est aussi un message d’espoir et de résilience. Au lieu de se taire, elle a transformé sa douleur en combat. Elle a fait de sa voix une arme pour changer le monde, éveiller les consciences et protéger les plus vulnérables.
Son parcours montre que la prise de parole a un pouvoir immense : celui de renverser les tabous, de faire bouger les mentalités, et d’inspirer d’autres femmes à se battre pour leurs droits.
Le livre Fleur du désert est sur ma wishlist, j’espère le lire cette année. Et d’ailleurs, petit fun fact, le film m’a tellement marqué que j’en ai toujours parlé lors d’exposés scolaires, et ce pendant très longtemps : du lycée jusqu’à mes études sup, dès que j’en avais l’occasion.
Et vous, connaissiez-vous son histoire ?
J’espère, à ma petite échelle, vous avoir informés sur cette thématique, n’hésitez pas à m’en faire part.
Je vous dis à jeudi prochain et prenez soin de vous ! ✨
Karine
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Un grand merci pour ce récit. En parler c’est déjà militer.
On vit donc dans un monde où les hommes coupent plus vite un clitoris qu’ils ne le trouvent. Fascinant 🥲